
1854 — 1891
Arthur Rimbaud
Poète français. Des Cahiers de Douai aux Illuminations, une œuvre brève et fulgurante qui révolutionne la poésie — et une vie entre Charleville, Paris, Londres et l'Afrique.
Biographie
De Charleville à Marseille, chaque période de sa vie de 1854 à 1891.Œuvres
Poèmes, recueils, prose et correspondance, avec 20 analyses littéraires.Lieux
Charleville, Paris, Londres, Harar : chaque lieu raconte un pan de l'histoire.Entourage
Verlaine, Izambard, Isabelle : ceux qui ont côtoyé le poète.Postérité
Du surréalisme à Patti Smith : l'héritage dans la culture mondiale.Aujourd'hui
Visiter les lieux, préparer le bac, suivre l'actualité Rimbaud.« Je est un autre. »
Lettre à Georges Izambard, 13 mai 1871
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Lire Le Dormeur du val →C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.
Questions fréquentes sur Arthur Rimbaud
Quand Arthur Rimbaud est-il né et mort ?
Pourquoi Rimbaud a-t-il arrêté d'écrire de la poésie ?
Quel est le poème le plus connu de Rimbaud ?
Quelle est la relation entre Rimbaud et Verlaine ?
Où peut-on visiter les lieux liés à Rimbaud ?
En savoir plus sur Arthur Rimbaud
L'enfant de Charleville
Le jeune Arthur Rimbaud naît le 20 octobre 1854 à Charleville, dans les Ardennes, au sein d'une famille de cinq enfants. Son père, le capitaine Frédéric Rimbaud, officier d'infanterie, quitte le foyer dès 1860 et ne reviendra plus. Sa mère, Vitalie Cuif, élève seule ses enfants dans une discipline rigide.
Au collège de Charleville, le jeune Arthur se révèle un élève d'exception, collectionnant les prix d'excellence et maîtrisant le latin et le grec avec une facilité déconcertante. En janvier 1870, il lie d'amitié avec Georges Izambard, son nouveau professeur de rhétorique au collège de Charleville, qui lui prête Hugo, Banville et les Parnassiens, et l'encourage à écrire.
Charleville étouffe le jeune poète. En 1870, l'année où éclate la guerre franco-prussienne, Arthur Rimbaud fugue pour la première fois, seul, vers Paris, sans billet. Ces fugues et cette révolte contre la ville et contre sa mère marquent le début d'une trajectoire hors du commun. Il n'a pas encore seize ans, et il a déjà tout décidé.
Les années de feu
En septembre 1871, Rimbaud arrive à Paris sur invitation de Paul Verlaine, qui a lu ses poèmes et l'a invité à le rejoindre. Il entre de plain-pied dans le milieu littéraire parisien : le cercle des poètes, les cafés, les soirées Parnasse. Le choc est immédiat.
Dès mai 1871, dans ses Lettres du Voyant, Rimbaud avait posé les bases d'une nouvelle poésie : « Je est un autre », écrit-il à Izambard le 13 mai 1871. Il faut dérégler tous les sens, se faire voyant, aller plus loin que la raison. Le Dormeur du val, composé dès 1870, et Le Bateau ivre, déclamé à Paris le 30 septembre 1871, montrent une poésie déjà transformée, d'une puissance que personne ne lui connaissait.
La relation entre Verlaine et Rimbaud est tumultueuse, orageuse, et finit par tout emporter. Ils quittent Paris pour la Belgique, puis s'installent à Londres, vivant de bohème et de traductions. La rupture éclate à Bruxelles en juillet 1873 : Verlaine tire deux coups de revolver sur Rimbaud et le blesse au poignet gauche. L'épisode de Bruxelles marque la fin de leur vie commune.
Rimbaud rentre en France et se retire à la ferme familiale de Roche, dans les Ardennes, où il rédige Une Saison en enfer en quelques mois. Ce texte en prose est le seul qu'il publie lui-même de son vivant, une sorte de bilan, de déchirement, de congé donné à la littérature.
Le silence et l'Afrique
Après 1873, Rimbaud cesse d'écrire de la poésie. Il a dix-neuf ans. Il voyage encore en Europe (Stuttgart, l'Italie, Chypre) avant de traverser le continent dans tous les sens, cherchant quelque chose que personne ne peut lui nommer.
En 1880, Rimbaud quitte définitivement l'Europe et s'installe à Aden, au Yémen, avant de gagner Harar, en Éthiopie. Il devient négociant, trafiquant de café et d'armes, employé puis agent commercial à son propre compte. Son ami d'enfance Ernest Delahaye reste l'un des rares à maintenir le lien épistolaire. Sa sœur Isabelle, elle, reste en contact fidèle. Ces années africaines durent plus d'une décennie.
En 1891, une douleur au genou droit s'aggrave rapidement. Sa jambe droite est amputée à l'hôpital de la Conception, à Marseille. Rimbaud tente de repartir vers l'Afrique, mais son état se détériore. Il meurt le 10 novembre 1891, à 37 ans, à Marseille, auprès de sa sœur Isabelle. Il n'a jamais su ce que ses poèmes allaient devenir.
Une œuvre brève mais décisive
La poésie de Rimbaud tient en quelques années et quelques centaines de pages. Elle a tout changé. Les Cahiers de Douai (1870) révèlent un adolescent déjà maître du sonnet et du vers classique. Les Poésies et les Derniers vers poussent plus loin l'expérimentation formelle, jouant avec le vers libre et la musique des mots.
Les Illuminations, composées entre 1872 et 1875, inaugurent le poème en prose moderne tel qu'on le conçoit encore aujourd'hui. Ces textes fulgurants (« Après le Déluge », « Enfance », « Barbare ») renversent toutes les conventions de la versification. Ce sont les poèmes en prose les plus radicaux du XIXe siècle.
Une Saison en enfer reste le seul livre publié par Rimbaud de son vivant. La correspondance africaine, sobre et commerciale, contraste radicalement avec le lyrisme de la période parisienne. Les analyses littéraires disponibles sur ce site permettent de lire ces textes de près, poème par poème, strophe par strophe.
L'héritage
L'influence de Rimbaud sur la poésie moderne déborde toutes les frontières. Le surréalisme revendique Rimbaud comme précurseur direct : Breton le cite, Aragon le lit, et toute la génération des années vingt voit en lui un libérateur de l'imagination. Son influence mondiale ne s'arrête pas à la France.
Paul Claudel, catholique fervent, voit en Rimbaud un « mystique à l'état sauvage » et lui reconnaît une influence spirituelle décisive. Le rock et la contre-culture américaine s'en emparent au XXe siècle : Patti Smith fait de lui une icône, Jim Morrison le cite, Bob Dylan l'admire. La musique populaire garde vivace le mythe Rimbaud, celui de l'adolescent révolté, de l'homme aux semelles de vent qui abandonne tout pour partir.
Aujourd'hui, ses manuscrits sont conservés dans les grandes institutions françaises, ses lettres s'arrachent aux enchères, et les collections et musées qui lui sont consacrés attirent des visiteurs du monde entier. Les lieux rimbaldiens (Charleville-Mézières, Harar, la maison de Roche) restent des destinations vivantes pour ceux qui veulent suivre la vie d'Arthur Rimbaud sur le terrain.